Chapitre 1 / 3
Les arbres blancs
Quand les arbres blancs sont apparus au bout de la lagune, tout le monde a su que l'eau se retirait. Les arbres blancs, c'était le nom des troncs morts que la lagune découvrait en se vidant, comme des squelettes de vieux pêcheurs.
Akofa a huit ans, et elle ne comprend pas pourquoi les adultes regardent l'eau avec cette inquiétude. Pour elle, la lagune est un terrain de jeu immense, qui change de forme chaque matin.
Son grand-père, le plus vieux piroguier du village, lui a appris à lire la surface : une ride ici, un plongeon là, un silence ailleurs. « La lagune écrit, disait-il. Il faut juste savoir où poser les yeux. »
Ce soir-là, au lieu des histoires habituelles, le grand-père lui en raconte une nouvelle : celle des oiseaux qui reviennent, dit-il, quand on leur laisse une place.